Universités de Lille et de Leeds, quelles différences ?

15/07/2020

Après neuf mois passés à l'étranger, l'heure est venue de dresser un bilan de mon expérience Erasmus et de comparer mes années estudiantines à Lille et cette année d'échange à Leeds.

Les cours et l'Université

Organisation des cours

Les cours démarrent tard à Leeds (dernière semaine de septembre) et sont concentrés sur 11 semaines par semestre. Les cours à Lille commençaient généralement l'avant-dernière semaine de septembre et s'étendaient sur 13 semaines, il me semble. Le système de vacances n'est pas le même non plus puisqu'à Leeds on enchaîne les 11 semaines de cours au premier semestre avant d'avoir un mois de vacances, puis 9 semaines au deuxième semestre, un mois de vacances, et les deux semaines restantes. En France, les vacances ne se font pas en « gros blocs » comme c'est le cas à Leeds : deux semaines pour la Toussaint, deux semaines pour Noël/Nouvel An et deux semaines pour Pâques.

La méthode d'apprentissage est assez différente entre la France et le Royaume-Uni. A Leeds, les cours se font selon la méthode de la pédagogie inversée : il faut avoir lu les livres et autres ouvrages critiques (quand on suit des cours de littérature) en amont du cours et être prêt.e à en discuter en cours. De plus, il n'y a pas de programme uniforme pour toute une promo ; chaque étudiant.e a la possibilité de choisir les cours qu'iel souhaite pour chaque semestre selon un système de majeure et de mineure (correspondant au cursus principal et à l'option à l'Université de Lille).

Les heures de cours sont également moins nombreuses à Leeds qu'à Lille. Au premier semestre, je totalisais 8h de cours par semaine, et au deuxième - attention, c'est la folie ! - 12h (+ 3h de visionnage de films) ! Nous sommes également habitué.e.s en France à suivre 10 U.E. (Unités d'enseignement, soit 10 cours différents) par semestre. A Leeds, les cours étant très denses malgré le peu d'heures en présentiel, je n'avais que 3 cours différents par semestre.

Mes 6 cours de littérature

Au premier semestre, les trois cours que je suivais étaient littérature et environnement, littérature moderniste (fin XIX/début XX) et littérature du XVIIIe siècle. Je n'avais pas l'habitude de devoir travailler autant en amont des cours et il m'a donc fallu un petit temps d'adaptation. Les débuts ont été également un peu difficiles quand j'ai compris que je ne bénéficierais d'aucun traitement de faveur du fait de mon Erasmus du point de vue de la notation (ce qui n'est pas le cas en France) et qu'il me faudrait sérieusement travailler sur mon anglais et ma méthodologie des essays britanniques.

En France, les étudiant.e.s en littérature sont habitué.e.s aux commentaires de textes et aux dissertations (et plus rarement aux partiels avec des questions précises comme c'est le cas pour les cours de grammaire, d'analyse littéraire ou d'ancien français). Au Royaume-Uni, cependant, le seul exercice écrit demandé est l'essay (ou l'essai, en français). Je n'ai jamais été familiarisée avec l'exercice de l'essay puisque je n'en avais jamais écrit. De ce que j'en ai appris et déduit cette année, cela ressemble un peu à la dissertation en cela qu'il faut une introduction et une conclusion structurées et une réflexion problématisée. Là où les deux exercices diffèrent, c'est que pour l'essay, il faut une ligne d'argumentation très précise, écrite sous la forme d'une affirmation et ce que l'on appelle le « nous » littéraire est à bannir (ex. : j'argumenterai dans cet essay que l'imaginaire développé autour de la nourriture dans « Le marché des Goblins » de Christina Rosseti témoigne d'une condition féminine coincée entre objectification sexuelle et contrôle du corps des femmes) alors que la problématique de la dissertation est généralement plus vague, plutôt sous forme interrogative et le « nous » littéraire est obligatoire (ex. : nous nous questionnerons sur l'image de la nourriture en tant que symbole d'oppression patriarcale sur les corps féminins). Là où il ne faut jamais parler en son nom en France (le « je » est très mal vu), les essays littéraires britanniques encouragent la prise de position individuelle et recherchent l'originalité et la réflexion approfondie. L'exercice était pour moi un vrai challenge.

Mes trois cours du second semestre : littérature victorienne, poésie lyrique et romantique (mon cours préféré de l'année) et Shakespeare. Les contenus des cours du deuxième semestre m'ont globalement plus intéressée. J'ai eu l'opportunité de me rendre une journée à Stratford-upon-Avon avec Citylife UK, ce qui m'a permis de mieux saisir l'univers de William Shakespeare.

Travail personnel et travail en classe

Le travail personnel est plus contraignant au Royaume-Uni. Les lectures sont très nombreuses. Pour vous donner un ordre d'idée, j'avais un texte (roman/poème/nouvelle) ou un corpus de texte à lire par semaine pour chaque cours, en plus des essays critiques à lire de temps en temps. Ces lectures occupaient le plus clair de mon temps libre mais il m'était impossible de venir à bout de la plupart des livres - je n'étais néanmoins pas la seule donc je le vivais bien !

Chacun de mes cours ne durait qu'une heure (ou plutôt 50 minutes). Comme en France, ils sont divisés en deux catégories : les cours en amphis avec toute la promo et les cours de TD en petits groupes. En France, les professeur.e.s font en sorte que tou.te.s les étudiant.e.s passent au moins une fois à l'oral pour un exposé alors qu'à Leeds je n'ai eu que deux présentations orales à effectuer sur l'année. Certain.e.s diront que c'est normal puisque la prise de parole est davantage encouragée lors des TD à Leeds, mais personnellement je n'y ai pas vu une grande différence. Par conséquent, j'aurais aimé avoir davantage de travaux oraux à préparer en Angleterre pour m'habituer à formuler mes idées à l'oral.

Personnellement, j'ai une préférence globale pour la méthode d'enseignement française : moins de lectures à faire et donc plus de temps pour approfondir son travail, plus d'heures de cours donc plus d'encadrement. Toutefois, je déplore qu'en France les lectures critiques ne soient pas la norme là où, en Angleterre, elles sont récurrentes.

Infrastructures

Le point positif des sommes exorbitantes que les élèves lâchent chaque année pour l'Université est que les infrastructures sont très fonctionnelles et esthétiques ! Il n'y a pas moins de 4 bibliothèques sur le campus et toutes sont équipées de différentes zones : zone de silence, zone de travail de groupes, zone d'ordinateurs, zones cosy, etc. On trouve également de nombreux cafés, foodtrucks et autres zones de restauration un peu partout sur le campus. L'Université a même sa propre boutique de vêtements et goodies et sa propre supérette.

En bref, le cadre de travail est vraiment idéal ! Je suis ravie d'avoir pu en profiter l'espace de quelques mois.

Système de notation

Si en France il faut 10/20 pour valider son semestre, au Royaume-Uni, c'est 40/100. Cependant, si cette note minimale paraît plus facile à atteindre, cela est trompeur : la notation se fait selon un cahier des charges assez précis contre...je ne sais pas vraiment quoi en France ? Les notes sont donc censées refléter assez objectivement la qualité du travail de l'étudiant.e tandis qu'en France, l'attribution des notes se fait parfois (souvent, à vrai dire) de manière opaque.

Corps éducatif

En France, nous avons en général un professeur par matière pour les TD et un (voire deux) pour les cours en amphi. A Leeds, si nous avons un.e seul.e professeur.e pour les TD, celleux qui donnent les cours en CM sont assez nombreux.ses. Les cours en CM, plutôt qu'être chronologiques, sont thématiques, en fonction des compétences et spécialités de chaque professeur.e.

Que ce soit à Lille ou à Leeds, j'ai eu la chance d'avoir majoritairement de bon.ne.s professeur.e.s. J'ai cependant l'impression que nombre d'entre elleux à Leeds ont une vision plus « jeune » de la littérature et prennent davantage en compte les problématiques actuelles (féminisme, études de genre, écologie, lutte des classes, etc) dans l'organisation de leurs cours - ce que j'ai apprécié.

Résidence universitaire et vie étudiante

Trouver sa résidence

L'Université de Leeds a un partenariat avec plusieurs résidences étudiantes. Il y en a peut-être plus d'une dizaine avec des appartements ou maisons de différents types et à différents tarifs.

Le loyer est cependant beaucoup plus cher qu'en France, il faut s'y préparer (je pense que pour les mêmes services en France, on paye entre 100€ et 200€ de moins par mois).

IQ Leeds

La résidence que j'ai choisie était un compromis entre prix et localisation. J'ai aussi fait en sorte de choisir l'une des plus petites résidences pour que cela soit à « taille humaine ». Je suis globalement très satisfaite de cette résidence car les chambres et cuisines étaient assez spacieuses et les commodités (lavomatiques, salle de travail, salle commune, etc) étaient vraiment sympas (pensée spéciale au mur avec les livres dont j'ai partagé la photo dans mon premier article à Leeds).

Le seul point négatif de cette résidence est que l'on y trouve des poissons d'argent (insectes) dans les appartements. Sur toute l'année, j'ai dû en voir près d'une dizaine seulement dans mon appartement.

La colocation

Nous étions cinq colocataires dans l'appartement dans lequel je vivais. Cette colocation était plutôt internationale puisque mes colocataires venaient d'Inde, de Malaisie et du Royaume-Uni. Quatre d'entre nous étions végétarien.ne.s/vegans (c'était un appartement spécialement loué à des « végens », pour reprendre le terme d'une certaine youtubeuse).

Mon expérience en colocation a tourné court peu avant l'annonce du lockdown, puisque mes quatre autres colocataires sont définitivement rentrés chez eux. En toute honnêteté, cela n'a pas été plus mal pour moi puisque nous avions du mal à nous entendre notamment sur la propreté et le bruit. Je ne vais pas rentrer dans les détails mais je dirais simplement ceci : se mettre en colocation avec de parfait.e.s inconnu.e.s est vraiment une très mauvaise idée. 

Les societies

Au Royaume-Uni, les Unions sont un élément phare de la vie étudiante. Leur objectif est de faire en sorte que chaque étudiant.e apprécie son temps à l'université en proposant des activités (sportives, culturelles, religieuses, sociales, etc) et en aidant les étudiants à prendre leurs marques à l'université (aide au logement, visite de campus, etc).

Les Unions regroupent, entre autres, des associations, les societies. A Leeds, il existe des dizaines de societies différentes. Chaque society organise en général un Give It A Go par an ou par semestre, c'est-à-dire une session gratuite pour découvrir les activités que propose l'association. Ces Give It A Go sont ouverts à tou.te.s, et pas seulement aux membres de l'association, et sont gratuits. Sur toute mon année, j'ai eu l'opportunité de participer aux Give It A Go des associations iranienne, indienne, de randonnée et de karaté.

M'inscrire et participer aux cours d'une association au moins était l'un de mes objectifs de début d'année. J'ai très vite su que je souhaitais reprendre la danse, mais en découvrant un style nouveau. Je me suis donc automatiquement dirigée vers la Street Dance, après avoir visionné quelques-unes de leurs vidéos sur les comptes Instagram et YouTube de « LUU Street Dance ». Tous les mercredis soir, deux cours d'une heure chacun étaient organisés l'un à la suite de l'autre ; le premier pour « débutants », le second pour « intermédiaires ». Je mets des guillemets parce que les niveaux étaient quand même assez bons. Dès le premier cours j'ai trouvé ça assez difficile mais très motivant, et j'ai donc décidé de participer aux deux cours tout au long de l'année. Pour m'améliorer et ne pas oublier les chorégraphies, j'ai décidé de m'entraîner toutes les semaines en réservant un studio. Les studios étaient d'ailleurs très souvent complets et il m'a parfois fallu patienter plusieurs jours avant de pouvoir obtenir un créneau d'au moins une heure (seules les associations peuvent réserver un studio par avance et, en tant qu'étudiant.e, nous ne pouvons en réserver que le jour même). Au deuxième semestre, j'ai perdu un peu de motivation en constatant que les filles du comité restaient beaucoup entre elles et délaissaient un peu l'aspect d'inclusion tant vanté sur leur site. Je me suis liée d'amitié avec au moins deux filles qui participaient aux cours de Street Dance, mais elles ne venaient pas à chaque cours. Se rendre à des cours où tu sais clairement que tu vas galérer et en plus seul.e, c'est pas toujours très motivant. J'ai donc arrêté de me rendre à ces cours environ deux semaines avant le début du confinement.

Une autre association à laquelle je me suis inscrite est Get Out Get Active (GOGA), une association de randonnée qui organisait des journées de marche dans plusieurs endroits plus ou moins proches de Leeds. Je me suis notamment rendue aux Brimham Rocks, au Dales National Park, à Haworth et à Saltaire (avec ma sœur lors de sa venue pour les fêtes de fin d'année). Je suis fan de cette asso ! J'ai rencontré énormément de personnes différentes et vu de nombreux paysages magnifiques grâce à ses bénévoles. 

Les cours de français

Pendant les vacances de Noël, j'ai vu un flyer qui traînait dans l'Université et qui invitait les étudiant.e.s à enseigner leur langue de naissance ou tout autre langue qu'iel parle couramment. Il suffisait de soumettre un dossier au centre de langues pour demander à enseigner la langue en question. J'ai pensé que ce serait une superbe opportunité d'enseigner le français pour rencontrer de nouvelles personnes, enrichir mon Erasmus et me rendre utile.

Peu après mon dossier envoyé et validé, j'ai été convoquée pour deux sessions de préparation à l'animation d'un groupe de langue (je n'avais pas vraiment le statut d'enseignante mais plutôt celui d'animatrice bénévole). Nous étions environ une vingtaine d'animateur.ices à participer aux sessions de formation. De nombreuses langues étaient représentées : l'anglais, le français, l'allemand, l'italien, le japonais, le mandarin, l'espagnol et probablement d'autres ! Nous avons appris à élaborer nos activités, à maintenir l'attention des participant.e.s et avons beaucoup échangé sur nos plans d'animation respectifs.

Pendant 4 sessions (5 originalement prévues mais j'ai dû annuler la dernière à cause de la propagation du coronavirus) d'une heure tous les lundis, j'ai donc animé un groupe en langue française. Les étudiant.e.s / professeur.e.s / surveillant.e.s / chercheur.ses qui participaient à mes cours étaient 7 au premier cours (avec une limite de 10), puis le taux de participation a chuté progressivement jusqu'au dernier cours où je n'avais que deux participantes. En plus de nos sessions hebdomadaires, j'ai souhaité organiser un événement par semaine pour permettre aux participant.e.s de mes cours d'améliorer encore davantage leur pratique du français. Ainsi, nous avons, en plus des cours, visionné trois films français (sous-titrés en anglais) et nous avons discuté autour d'un verre. Deux de mes « collègues » qui enseignaient également le français proposaient à leurs élèves de participer à ces événements.

C'était vraiment une belle expérience ! Malgré les différences de niveaux entre les participant.e.s, nous avons pu traiter de différents sujets, avec différents supports. Même si nous avions peu d'heures ensemble, iels m'ont dit être plutôt satisfait.e.s de ce que les cours leur avaient apporté.


Le mot de la fin...

Je suis très heureuse d'avoir eu la chance et l'opportunité de poursuivre mes études à Leeds pendant un an. J'y ai fait de belles rencontres, des balades à couper le souffle et j'ai beaucoup appris sur la littérature britannique.

L'objectif premier de ma mobilité était d'améliorer mon anglais et, même si mon niveau n'égale pas celui que j'ai en français, je pense que cet objectif est atteint. Je suis satisfaite et fière de m'être lancée dans cette aventure dont, je le sais, je ne mesure pas encore l'étendue de tout ce qu'elle m'a apporté.

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